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Extrait du livre "La poussière des âmes" de Sandra Dumeix

Bonjour à tous,

Le livre "La poussière des âmes" sera disponible en librairie fin Mai 2015.

Un premier roman en l'honneur des communautés Aborigènes d'Australie.

Je vous souhaite une bonne découverte de ce monde, ce pays, ces rituels, ces valeurs de la vie ...

Sandra

Présentation de l'Auteur :

Né en 1984, d'origine Grecque, Sandra Dumeix écrit dès l'âge de quinze ans ses premiers essais. Son professeur de Français, Franck Belluci la reconnait comme poète et l'amène à s'investir dans le milieu artistique. A dix-sept ans, elle prend son envol pour le Cambodge où une première mission humanitaire l'attend auprès des enfants des rues. Son parcours atypique de voyageuse lui apporte une nourriture divine afin de s'exprimer à travers des textes sur divers thèmes, sans compter les belles rencontres de peuples autochtones. En 2012, Sandra remporte le concours d'aide à l'écriture de la Province Sud de Nouvelle­-Calédonie et deux ans après, le concours à l'édition qui lui permettra de se faire éditer son premier roman “Les poussières des âmes”.

Des pas de géants se sont effectués grâce à ce travail de trois ans où Sandra améliore sa plume, son style et l'organisation d'un roman, sans compter la découverte du théâtre, une nouvelle passion où elle allie la passion de créer des sénarios et la mise en scène face à un public.

Harmoony, son entreprise présente toutes ses créations: les arts curatifs (attrapes coeurs, sculpture de cristaux, gels douches aux huiles essentielles, chocolats biologique ...) aux conseils en Fen Shui et soins énergétiques.

Bibliographie

Les poussières des âmes – 2012-2015

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La poussière

des âmes (White Mama)

Tjukurpa

Désert australien, Broome, terre ancestrale des Aborigènes.

Une longue traînée de terre rouge signale l’unique route qui mène vers le désert australien. À ce moment de l’année, le

vent souffle avec force sur les espaces poussiéreux du Grand Nord. La saison des cyclones s’annonce, et avec elle, le regain des esprits et la régénération de la nature. Toutes les communautés aborigènes sont dans l’attente de cette phase brève et intense.

À l’écart de sa communauté, tournant le dos à la mangrove, Tjukurpa, assis en tailleur, laisse errer son regard sur les étendues austères que la lune montante baigne d’une lueur diffuse. La lune... sa mère. Tout comme le soleil est son père.

C’est ainsi qu’il voit les choses depuis la perte de ses parents. Sa communauté lui a servi de pilier familial, mais c’est dans la Nature qu’il trouve l’apaisement. C’est elle qui le berce comme une mère aimante berce son enfant. C’est elle qui le ramène parfois violemment sur son chemin, en lui fouettant le visage d’un vent corrosif.

L’esprit vif, le jeune Tjukurpa montre une intel- ligence agile et une maturité précoce, comme si les forces de la terre, souvent confuses au moment de la conception des âmes, s’étaient accordées sur celle de ce petit être. Au moindre sourire, son visage semble éclater d’une lumière qui contraste avec la teinte sombre de son corps. Et quand la tristesse le gagne, elle teinte ses yeux noisette de nuances profondes.

Une mystérieuse agitation l’a tiré du sommeil ; il est parti affronter la froideur de la nuit, longeant un maigre ruisseau qui reflétait le ciel, jusqu’à la lisière du désert silencieux. Une vacuité propice au dialogue avec les esprits des ancêtres. Ce lieu est son refuge depuis son plus jeune âge.

Il songe au temps du rêve où sont nées toutes les légendes. Il chante.

Rien ne nous appartient, nous sommes des âmes qui naissent sur terre, et nos corps retournent à cette terre avant nos réincarnations.

Tjukurpa aura bientôt sept ans. Depuis sa nais- sance, il se protège des hommes, de l’amour donné pour un souffle d’air frais, et repris aussitôt sans le moindre regret. Les pieds enchâssés dans la terre poudreuse, il ressent la chaleur et les vibrations du magma qui a donné naissance à ce sol aride. Les yeux rivés vers le ciel, sans même un regard vers sa main qui semble bouger d’elle-même, il trace un des- sin sur le sol. À peine esquissés, ses traits s’envolent, telle une mélodie que le souffle du vent s’approprie. Les écrits aborigènes sont toujours éphémères.

Ses dessins symbolisent la vie paisible des temps anciens, la symbiose des êtres et de la terre, une terre de paix, une terre d’acceptation et de pardon. Les formes se bousculent soudain pour faire apparaître une présence étrangère, celle des colons venus anéan- tir les liens ancestraux, venus briser le souffle de la transmission et celui de la vie. Des traits nerveux et hachés dessinent bientôt le massacre de son peuple, les vies arrachées, les êtres dénaturés, nivelés par l’op- pression des envahisseurs, écrasés dans le moule de la société occidentale. Le dessin de Tjukurpa représente les générations volées : ces enfants métis arrachés à leurs clans pour être placés de force dans des familles blanches. Un demi-siècle plus tard, le simulacre de pardon demandé par le gouvernement devant les grands médias n’a trompé personne.

La communauté qui a élevé Tjukurpa est consti- tuée d’enfants brisés, perdus, menés de familles d’ac- cueil en institutions, d’institutions en églises... vers le silence de l’abrutissement. Ils n’ont pas trouvé la force de reconstruire les liens des clans d’autrefois. À son tour, Tjukurpa fait partie des enfants cabossés par l’Histoire. Au cours de ses nuits solitaires, il se crée parfois un monde de rêve, où une maman et une tan- tine l’aiment avec ses qualités et ses faiblesses. Il rêve d’un regard, d’un geste, d’un signe d’amour, le regard perdu vers l’horizon. Puis il tourne la tête. Des larmes chaudes coulent sur ses joues.

Il prend une poignée de terre rouge – le sang de son peuple – et la confine dans sa main. Il tient la vie, il tient la mort, il tient la force des végétaux. Il l’écrase sur sa peau en un massage circulaire et murmure un autre chant célébrant le temps du rêve :

Je suis né ici. Mon peuple a vu son sang couler sur cette terre. Nous y séjournerons, jusqu’à ce qu’elle nous absorbe. Le vent emportera notre dernier souffle, nous transformera et nous mènera vers les chemins de lumière.

Athénaïs

Athénaïs a pris l’avion qui relie Sydney à Broome. Sa destination finale est Beagle Bay, dans le Kimberley, au milieu de la

côte ouest du continent australien. Elle est attirée depuis longtemps par cette étendue de désert et de mer qu’elle a aperçue dans un reportage télévisé.

Quelques jours plus tôt, elle a contacté Daramu- lum, un vieil Aborigène originaire de la région qu’elle venait d’entendre à la radio. Ils sont entrés en sympathie et elle a accepté son invitation à venir le rejoindre, pour vivre parmi les tribus locales de Beagle Bay.

À travers le hublot de l’avion, le désert est une succession de fresques aux couleurs chaudes, sem- blable aux œuvres d’une galerie d’art aborigène. La blancheur d’une rivière salée traverse parfois le paysage, ou bien ce sont des touffes de feuillages dorés ou verdoyants qui le ponctuent.

Le casque sur la tête, la jeune femme se laisse envahir par les vibrations profondes d’un didge- ridoo. Une hôtesse de l’air aborde les passagers, offrant des snacks et des boissons. Athénaïs entend une discussion de couloir. Un jeune homme inter- roge l’hôtesse sur Broome et sur les communau- tés aborigènes avoisinantes. La discussion coupe court, comme si l’hôtesse jugeait le sujet inintéres- sant ou tabou :

— Nous n’allons que quelques mois dans l’an- née sur la destination de Broome, monsieur. La saison des pluies et des cyclones débute dans une quinzaine de jours. Les vols seront bientôt inter- rompus jusqu’à mai prochain.

À travers ce que laisse deviner l’attitude de l’hô- tesse, Athénaïs constate une fois de plus la distance qui sépare les Australiens blancs et les Aborigènes, deux peuples se partageant une même terre sans volonté de rencontre.

La climatisation peine à lutter contre la chaleur qui prend lentement possession de l’avion. Lorsque les huit heures de vol arrivent enfin à leur terme, c’est un soulagement pour tous les passagers.

« 12 septembre 2009, température extérieure : 32 degrés. Bienvenue à Broome » indique le large tableau de bord du terminal.

À peine débarquée, Athénaïs attrape son sac et part à la recherche du vieil homme. Les phrases prononcées par Daramulum lors de son émission de radio retentissent encore dans sa mémoire : « Ostracisés, discriminés, touchés de plein fouet par la perte de repères, le dénuement, l’échec scolaire, la mortalité infantile, les addictions... Il y a 200 ans, nous étions un million. Aujourd’hui, les 470 000 Aborigènes d’Australie ne représentent plus que 2 % de la population, et en forment le groupe démogra- phique le plus défavorisé. Quand allez-vous réagir ? Nous sommes à l’aube de notre extinction. Allez- vous continuer à fermer les yeux ? »

La jeune femme sent soudain qu’on l’observe. Elle parcourt la foule du regard et distingue aus- sitôt Daramulum. Elle ne l’avait encore jamais vu, mais lorsque ses yeux croisent les siens, elle sait au plus profond d’elle-même qu’il s’agit de lui

Le visage souriant, il s’approche d’Athénaïs et s’arrête prudemment à quelques pas, resplendis- sant de sérénité.

Son visage finement marqué ne laisse pas deviner son âge. Ses jambes musclées et élancées témoignent de ses occupations quotidiennes : la chasse et la pêche. Athénaïs s’était imaginé un homme noir, et elle découvre, surprise, un métis blanc de peau. Seuls ses bras colorés par des tatouages trahissent le sang aborigène qui coule dans ses veines. Elle sait qu’il appartient à une génération volée. Comme beaucoup d’enfants métis, il a été arraché très jeune à sa véritable famille pour être placé dans une famille d’adoption blanche. Une politique officiellement destinée à « épurer » le sang des noirs.

Mais Daramulum s’est échappé du foyer où on le retenait. À pied et sans le moindre équipement, l’enfant a parcouru les deux mille kilomètres qui séparent Perth de Beagle Bay, lieu de sa commu- nauté. Une année de marche à travers le désert, avec les étoiles pour seul guide. Quarante-cinq ans plus tard, il est l’un des premiers métis diplô- més des grandes écoles. Il a l’audace et l’impu- deur d’affronter le système défaillant pour obte- nir une reconnaissance des droits aborigènes. Il se consacre également à guider les jeunes vers leur épanouissement et à les éloigner des drogues et de l’alcool.

Alors qu’ils ont pris la route dans un 4x4 encrassé de terre orange, la vue de palmiers et d’oiseaux sauvages allège la fatigue d’Athénaïs. Daramulum

parle peu, et ce silence rassure la jeune femme. Ils ont trois heures de trajet à faire avant d’atteindre la petite communauté où elle s’apprête à vivre, au nord de Broome. Les décors éblouissants dévoilent la richesse de cette terre qu’elle découvre enfin.

Les éléments s’y côtoient en harmonie : l’eau à perte de vue, avec son odeur iodée qui lave l’âme de ses peurs et de ses pleurs ; la terre d’un rouge qui évoque la force pour Athénaïs ; le feu du soleil qui transforme et purifie ; l’air qui nettoie l’esprit et rugit pendant les périodes cycloniques ; et bien sûr... le métal que recèlent les terres aborigènes, et qui attire tant de convoitises.

C’est une étonnante carte postale vivante qui défile devant les yeux d’Athénaïs. Le ciel, la terre et la mer se mélangent dans la vibration argentée de mirages éphémères. Un tableau dont le vert est tout à fait absent.

Le 4x4 ralentit enfin, alors qu’il s’engage dans un chemin plus étroit. Des kangourous se figent à son passage, avant de s’enfuir à une vitesse prodigieuse. Ici, c’est la nature qui observe les humains. Le vil- lage minuscule dans lequel ils entrent est déser- tique. Une église au toit maltraité par les cyclones ne tient debout que par l’effet d’un miracle.....

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